Nos investigations sur une véranda mal coiffée !

Véranda Magazine n° 14 - Avril / Juin 2008

Nous avons fait construire en mai 2005 une véranda dont l'aspect, l'orientation et le volume nous satisfont tout à fait. Malheureusement des craquements importants se produisent très souvent, et notamment lors des changements de temps?. Cet extrait du courrier reçu d'un de nos lecteurs de la région parisienne a bien entendu alerté la rédaction de Véranda Magazine, qui a mené l'enquête pour en savoir plus. Voici donc le résultat de nos investigations, qui démontrent une fois de plus qu'un consommateur averti en vaut deux !

 

Pour Monsieur Daniel G., propriétaire de cette véranda, tout avait pourtant bien commencé, mais en apparence seulement : séduit par l'argumentaire enjôleur d'un commercial de talent et rassuré par la bonne notoriété locale du vérandaliste concerné, M. G. signe la commande les yeux fermés. Le produit proposé répond à ses attentes : une véranda aluminium de 20m2 dont la toiture est conçue pour partie en doubles vitrages et en panneaux sandwichs. La structure sera réalisée en profilés tubulaires et tous les équipements nécessaires (aération, ventilation, chauffage par le sol) ont été prévus pour assurer l'habitabilité de la véranda en toute saison. Le projet semble donc parfaitement sain, il reste à en vérifier les conditions de mise en ½uvre?

Une portée excessive

Le plan de la toiture fait état d'une portée qui, sans être inhabituelle, aurait sans doute dû faire l'objet d'un soin plus attentif. La profondeur de la véranda (monopente) atteint en effet 4,20m. Le calepinage (1) de la structure prévoit en outre une trame inter-chevrons de 825mm. Ces dimensions auraient dû entraîner de la part de l'installateur un calcul de résistance des profilés afin de déterminer une section suffisante des tubes et surtout de prévoir un éventuel renforcement par une âme en acier. Première constatation à l'issue des travaux : les chevons tubulaires (dont la section s'établit à 60x100mm) accusent une flèche de 12mm sous le poids des vitrages. Une telle déformation est cependant tolérable : sans entrer dans les détails techniques, il faut savoir qu'une flèche de 1/300e est admise pour les structures contenant du verre (elle est de 1/200e pour les structures accueillant des matériaux de synthèse). Dans le cas de M. G., la flèche admissible serait au maximum de 14mm (4,20m/300). On voit qu'avec 12mm, on s'approche dangereusement du seuil d'inertie tolérable.

 

Profane en la matière, Monsieur G. fait confiance à son installateur mais s'alarme très vite lorsqu'il constate un phénomène inquiétant : dès que se produit une variation climatique quelconque (même lors d'une banale alternance de soleil et de passages nuageux), la charpente de sa véranda émet des craquements sinistres qui lui font craindre un prochain effondrement. Pendant plusieurs mois, l'infortuné propriétaire n'osera ni aménager, ni meubler et encore moins occuper les lieux ! Ayant constaté et dûment mesuré l'importante déformation des chevrons, M. G. impute ses désagréments à un défaut de conception ayant conduit le constructeur à sous dimensionner la section des profilés ou à exagérer la trame des chevrons. Notre propriétaire désappointé signale rapidement le problème à son entrepreneur, lequel tarde à venir se rendre compte sur place. Ce sera néanmoins chose faite après plusieurs mois d'attente, quand le vérandaliste, accompagné d'un représentant de son fournisseur d'aluminium, vient enfin constater les dommages fin 2005. Les deux "professionnels" promettent d'étudier rapidement une solution et de remédier dès que possible aux désagréments vécus par le propriétaire. Six mois plus tard, sans nouvelles de ses interlocuteurs, M. G. s'enquiert à nouveau par écrit de leurs intentions. Une intervention est promise dans les plus brefs délais et aura effectivement lieu après quelques mois d'attente supplémentaire. Mais, à la surprise du propriétaire, la réparation effectuée ne portera nullement sur les chevrons?

Gare à la dilatation

Pour trouver la véritable explication du sinistre (car il faut bien qualifier ainsi la mésaventure de notre lecteur), il fallait en effet chercher ailleurs. En réalité, la tolérance dimensionnelle des panneaux vitrés remplisseurs de toiture était beaucoup trop faible et ne tenait aucun compte du processus de dilatation inévitable lors des variations de température. Les "craquements" évoqués par M. G. provenaient en fait de la friction mécanique inévitable entre chevrons et châssis vitrés. Le remplacement des vitrages a fort heureusement résolu définitivement le problème, mais il est déplorable de constater qu'il aura fallu plus d'un an pour assister à ce dénouement satisfaisant et surtout qu'une erreur grossière lors du métré ait pu causer un tel souci aux occupants. Nous étions vraiment inquiets pour notre toiture insiste Monsieur G. qui poursuit : Nous n'avons jamais pu aménager notre véranda car nous craignions à tout moment qu'elle ne s'effondre.

 

Même si les dommages sont aujourd'hui réparés, il n'en reste pas moins que la toiture de cette véranda semble toujours présenter un défaut de conception lié aux charges excessives dont souffre la structure. Souhaitons à notre lecteur que d'autres surprises désagréables ne viennent à se produire dans le futur. La leçon à tirer de cette aventure reste invariablement la même : sauf à être lui-même un professionnel du bâtiment, aucun consommateur candidat à la construction d'une véranda ne peut légitimement se substituer à un installateur pour contrôler la fiabilité d'un concept ou le respect des règles de l'art. Le choix d'un vérandaliste sérieux ne doit jamais reposer sur les bonnes manières et le "bagout" du commercial. Des références solides, les témoignages de clients satisfaits, la visite de l'atelier de fabrication (nous en connaissons qui sont de véritables taudis qu'un inspecteur du travail ferait immédiatement fermer) et la vérification de la police d'assurance couvrant la garantie décennale sont des précautions indispensables.

 

(1) Calepinage (de "calepin") : croquis faisant apparaître le schéma simplifié de toute structure constructive. On parle de calepinage en matière de charpente, de dessin de façades ou même d'une surface carrelée.

Nous continuons nos investigations au travers du courrier que nous font parvenir régulièrement nos lecteurs, pour certains victimes de problèmes sérieux rencontrés sur des constructions de vérandas. Monsieur Daniel G. s’alarme à propos de craquements fréquents émis au niveau de sa toiture et qui se produisent notamment à chaque changement de température. Véranda Magazine a cherché à comprendre ce qui s’était passé et propose des conseils adaptés pour résoudre ce type de situation.